Biologique & ChimiqueONP n°108

Suspicions sur les activités d’un institut biotechnique à Pyongyang

Elisande Nexon

La Corée du Nord fait partie des pays suspecté de détenir un programme biologique. D’après le livre blanc sur la défense sud-coréen publié en 2012, le pays aurait la capacité de produire les agents de la maladie du charbon, de la tularémie, de la variole et de la fièvre hémorragique de Corée. Il y a néanmoins peu d’informations permettant d’étayer ces soupçons, à l’exception des témoignages de transfuges. Le 6 juin dernier, un scientifique qui aurait travaillé dans un centre de recherche microbiologique à Ganggye, près de la frontière chinoise, a fait défection en Finlande. Il détiendrait des documents électroniques montrant que des armes chimiques et biologiques ont été testées sur des êtres humains. Il n’est pas le premier ressortissant nord-coréen ayant fui le pays à faire de telles révélations.

La diffusion de photos prises également le 6 juin dernier, lors de la visite par Kim Jong Un d’une usine de pesticides, a également contribué à alimenter les suspicions. Au cours d’une présentation organisée par 38 North (site soutenu par la School of Advanced International Studies de la John Hopkins University), un expert américain du James Martin Center for Nonproliferation Studies (CNS), Melissa Hanham, a déclaré que l’analyse des photos montrait l’acquisition d’équipements à double usage et que l’installation était en mesure de produire d’importantes quantités d’agents biologiques, et plus particulièrement celui de la maladie du charbon. Cette installation, qui serait sous la supervision de l’Unité 810 de l’armée, semble dédiée à la production de Bacillus thuringiensis, couramment utilisé comme biopesticide. Cet agent fait cependant partie de la même famille que Bacillus anthracis (charbon), les deux bactéries, très proches génétiquement, ne se différenciant qu’au niveau de leur pathogénicité propre. Elles peuvent surtout être produites de manière similaire, grâce aux mêmes équipements. Le site d’al Hakam, impliqué dans le programme biologique irakien, produisait ainsi ces deux bactéries.

Si les photos de l’institut de Pyongyang montrent que les capacités de production existent, elles ne permettent toutefois pas d’affirmer que la Corée du Nord a violé ses engagements en vertu de la Convention sur l’interdiction des armes biologiques et à toxines (CIABT), Convention à laquelle elle est partie. Pour l’experte américaine, cette action de communication pourrait s’apparenter à une forme de réponse à la menace américaine perçue. À la suite de l’envoi par erreur d’échantillons de charbon non inactivés à des laboratoires situés sur le territoire national mais aussi dans plusieurs autres pays, incluant la Corée du Sud, la Corée du Nord a en effet accusé les Etats-Unis de posséder des armes de destruction massive et de tenter de les utiliser contre elle. Le 5 juin, le représentant permanent auprès de l’ONU nord-coréen a d’ailleurs adressé une lettre au secrétaire général des Nations Unies et au président du Conseil de sécurité, demandant que ce dernier se saisisse de cette affaire.