Conférences & SéminairesONP n°107

Unprecedented Challenges for Nonproliferation and Disarmament, Conférence annuelle de l’Arms Control Association, 14 mai 2015

Alexander Kmentt, nommé « Personne de l’année » par l’Arms Control Association, crédits ; Ambassade d’Autriche aux Etats-Unis

Le programme de la conférence annuelle de l’Arms Control Association a logiquement reflété l’actualité riche en matière de maîtrise des armements et en particulier la conférence d’examen du TNP tenue à New York du 27 avril au 22 mai 2015. Une session a ainsi été consacrée à cet événement, permettant à Andrea Berger (RUSI) de faire un point sur les négociations en cours, de décrire les tensions liées à la notion de « vide juridique » concernant l’article VI du Traité et de mentionner les désaccords entre Etats parties sur l’opportunité de rouvrir le débat sur la légalité des armes nucléaires. Elle a suggéré de créer un groupe de travail ouvert consacré à ces sujets au-delà de la conférence et a évoqué sa méfiance à l’égard des dates limites pouvant engendrer déception et frustration. Lewis Dunn (ancien directeur adjoint de U.S. Arms Control and Disarmament Agency) et Randy Rydell (ancien Directeur à l’UNODA) ont développé ces positions et émis des propositions d’actions concrètes pour aller au-delà des oppositions entre EDAN et ENDAN : création d’une commission américano-russe chargée de faire des propositions alternatives au de-alerting pouvant satisfaire les ENDAN, création d’un groupe d’experts réfléchissant aux moyens de renforcer le tabou nucléaire, adoption d’un code de conduite nucléaire, soutien des initiatives menées par l’ambassadeur Laajava sur une ZEADM au Moyen-Orient, prise en compte des capacités conventionnelles et anti-missiles dans les négociations sur le désarmement, soutien au partenariat international pour la vérification lancé par le gouvernement américain en 2014...

Invité pour recevoir le trophée de Personne de l’année en matière de maîtrise des armements, l’autrichien Alexander Kmentt a de son côté légitimité l’initiative des conséquences humanitaires et décrit en quoi elle est utile au régime de non-prolifération, notamment grâce à son insistance sur les sujets de fond (réponse internationale à une crise nucléaire, considérations techniques liées au de-alerting…).

Autre sujet d’actualité, la résolution diplomatique de la crise iranienne a fait l’objet d’une autre table-ronde permettant à l’ensemble des participants de soutenir le processus en cours et de défendre le cadre ayant à ce jour fait l’objet d’un accord. Richard Nephew (Columbia University) a notamment donné des éclaircissements sur le processus de levée des sanctions et estimé que les désaccords portaient désormais davantage sur des points de formulation que sur des questions de fond. Il a expliqué que le processus final s’inspirerait sans doute des mécanismes mis en œuvre dans le cadre de l’accord intérimaire et que les mesures de vérification adoptées dépasseraient la mise en œuvre classique du Protocole additionnel. Il a aussi indiqué qu’Israël avait été amplement consulté et informé sur les négociations en cours. Ariane Tabatabai (Harvard University) a de son côté jugé que le rôle joué par le Guide suprême était plutôt constructif et que ses déclarations ne devaient pas être interprétées de manière trop strictes mais remises dans le contexte politique interne iranien et du jeu propre aux négociations. Colin Kahn, conseiller à la Maison Blanche et auprès de Joe Biden a conclu la conférence en défendant l’accord ébauché en avril 2015. Il a notamment expliqué que l’administration américaine prenait le temps nécessaire à l’obtention d’un bon accord, que la poursuite d’un meilleur accord à travers une posture plus dure d’accentuation des pressions était illusoire, avait déjà montré ses limites en 2005 et équivaudrait à perdre le soutien de la communauté internationale. Il a également précisé que cet accord était uniquement lié aux questions nucléaires et qu’il était impossible d’affirmer qu’il permettrait d’améliorer le comportement de l’Iran dans la région.