Crises, Trafics & MiscellannéesONP n°107

Daesh : comment interpréter les prétentions nucléaires du groupe terroriste

Emmanuelle Maitre

Le 25 mai 2015, la presse internationale a à nouveau fait écho de la propagande de Daesh qui prétend pouvoir rapidement acquérir une bombe nucléaire via le Pakistan. Au cours de l’année écoulée, d’autres informations alarmistes ont fait état de la capacité du groupe terroriste à faire usage de « bombes sales », à s’engager dans le trafic de matières radioactives ou encore à mettre la main sur des réserves d’uranium. Ces annonces et communications illustrent la stratégie de Daesh qui cherche à démontrer sa puissance ainsi qu’à diffuser l’inquiétude auprès de la communauté internationale. S’appuient-elles sur des fondements sérieux? En juillet 2014, l’AIEA signalait la prise de contrôle par Daesh d’environ 40 kg de matières nucléaires à l’Université de Mossoul (uranium faiblement enrichi). En septembre 2014, les Etats-Unis et l’Irak renforçaient leur coopération en matière de lutte contre le trafic nucléaire et mentionnaient l’existence de menaces sérieuses. Ces éléments accréditent l’hypothèse d’un danger d’une attaque radioactive ou d’un attentat avec une « bombe sale », d’autant que la liste des matières nucléaires et radioactives saisies par Daesh sur les territoires qu’il contrôle n’est pas rendue publique mais contient sans doute un certain nombre de stocks utilisés notamment par le secteur médical. Pour autant, le risque ne doit pas être exagéré, car le transport et la détonation d’un explosif en Europe ou aux Etats-Unis à même de faire des victimes en raison de sa radioactivité demeure un scénario très peu probable à ce jour, notamment grâce aux mesures de sécurité aux frontières adoptées ces dernières années. Ces derniers doivent encore être améliorées ainsi que les coopérations internationales renforcées pour limiter au maximum un tel risque, dont les conséquences seraient tout autant sécuritaires que psychologiques.