Union EuropéenneONP n°107

La promotion européenne de la non-prolifération par l’éducation

Benjamin Hautecouverture

© PRIF

L’assistance et la coopération en matière de lutte contre la prolifération et de désarmement est l’un des aspects méconnus de la politique européenne depuis l’adoption de la Stratégie de 2003. En 2008, les « New Lines for Action » appelaient au soutien et à la coordination des actions de formation pour les cadres de l’UE qui traitent de non-prolifération. Dans le même ordre d’idées, le document de 2008 annonçait la création future d’un réseau de « think tanks » européens indépendants ainsi que le principe d’une prise en compte des problématiques de dissémination et de prolifération par les cercles académiques et scientifiques européens.

La promotion européenne de la lutte contre la prolifération par l’éducation s’exerce depuis le début de la décennie à la fois à l’intérieur comme à l’extérieur des frontières européennes.

A l’intérieur de l’UE, un certain nombre d’actions de formation ciblées sont dispensées par divers organes dont ce n’est pas la vocation originelle, notamment la Commission via le Centre de recherche Conjoint (Joint Research Center – JRC) en matière de garanties, sûreté et sécurité nucléaires, etc. L’on peut également citer l’association ESARDA (European Safeguards Research and Development Association) qui a développé un nouveau curriculum européen pour former la jeune génération aux méthodologies associées aux garanties (« safeguards ») et à la non-prolifération.

Mais l’originalité principale de l’approche européenne depuis 2010 a été de fournir à la société civile européenne un cadre pour la sensibilisation, la réflexion et la formation aux grands enjeux stratégiques contemporains vis-à-vis desquels l’UE ambitionne de devenir un acteur mondial. La Décision du Conseil 2010/430/CFSP « establishing a Euro-pean network of independant non-proliferation think tanks in support of the implementation of the EU strategy against Proliferation of Weapons of Mass Destruction » du 26 juillet 2010 a mis en place un Consortium de quatre instituts européens chargé de fédérer un réseau indépendant de recherche dans l’ensemble des Etats membres. La Décision 2014/129/PESC du Conseil du 10 mars 2014 « relative à la promotion du réseau européen de groupes de réflexion indépendants sur la non-prolifération, à l'appui de la mise en œuvre de la stratégie de l'Union européenne contre la prolifération des armes de destruction massive » a soutenu trois nouvelles années d’activité pour le Consortium de l’UE sur la non-prolifération avec l’ambition, parmi d’autres nouveautés, de développer un vaste projet éducatif pour former la future génération d’experts (universitaires et diplomates), via la création de modules de formation en ligne et de périodes de stage au sein du Consortium :

  • Le programme de stages est désormais en place. Il ouvre la possibilité, pour 48 personnes issues des pays membres de l’UE, d’effectuer un stage de 3 mois supervisé dans l’un des soixante-dix instituts qui constituent aujourd’hui le réseau du Consortium, dont la Fondation pour la recherche stratégique à Paris, entre 2015 et 2017.
  • Un projet de « e-learning » est en cours de développement, qui sera en place à l’horizon 2017, à destination des diplomates, des étudiants de niveau Master, des journalistes en activité, issus des Etats membres et des pays associés (Europe du Sud et de l’Est, Moyen-Orient, Afrique du Nord, Caucase). Quatre modules composeront le programme : non-prolifération, désarmement et « arms control » ; sûreté, sécurité et garanties ; contrôles des exportations et biens à double usage ; institutions, stratégies et politiques européennes en matière de non-prolifération et de lutte contre la dissémination des armes légères et de petit calibre (ALPC). Après réalisation d’un test en conditions réelles avec la Goethe Unversity Frankfurt en 2016, le programme de e-learning sera mis en ligne en 2017 sur le site Internet du Consortium.

A l’extérieur de l’UE, les actions de sensibilisation et de formation inspirent nombre de décisions du Conseil adoptées en soutien des instruments et organismes multilatéraux d’ « arms control ». Plus spécifiquement, c’est l’une des vocations affichées des Centres d’excellence de l’UE en matière nucléaire, radiologique, biologique et chimique (CoE NRBC). L’initiative des Centres d’excellence (CoE) NRBC de l’UE a été lancée au printemps 2010 pour améliorer ou créer les capacités institutionnelles de gestion des risques NRBC dans de nombreux pays partenaires de l’UE. Vingt-quatre projets pilotés par les institutions partenaires de l’initiative ont été lancés en 2013 sur l’évaluation des risques, l’identification des matières sur site, la criminalistique nucléaire, la sûreté et la sécurité biologiques, et la sensibilisation des scientifiques aux risques. Après une phase de démarrage assez longue et une communication institutionnelle sans doute insuffisante, les CoE NRBC de l’UE sont désormais pleinement opérationnels et disposent d’un site Internet dédié qui permet de suivre l’évolution du réseau des centres et la progression de mise en œuvre des projets. A ce jour, les CoE impliquent 52 Etats, 46 projets sont en cours, et 2268 personnes ont bénéficié d’une action de formation.

L’action de l’UE en matière d’éducation à la lutte contre la prolifération, pour être peu spectaculaire, n’en est pas moins réelle et de plus en plus étoffée. Elle manifeste une volonté d’inscrire la vision et les instruments de l’« arms control » dans le long terme.

A lire, le N°29 de la série des « Non-Proliferation Papers » du Consortium de l’UE pour la non-prolifération, disponible sur le site du Consortium, est consacré au rôle de la Suède en matière d’éducation à la non-prolifération nucléaire dans le cadre de la mise en oeuvre de la Stratégie de 2003 : Creating a common EU policy on nuclear non-proliferation education: a case study of Sweden , Thomas Jonter, NP paper No.29, June 2013, 14p.